Kéfir : un allié naturel de notre microbiote ?
Légèrement pétillant, acidulé et naturellement riche en micro-organismes vivants, le kéfir séduit de plus en plus d'amateurs d'aliments fermentés. Derrière son goût unique se cache une boisson traditionnelle consommée depuis des siècles, aujourd'hui étudiée pour ses effets potentiels sur le microbiote intestinal. Digestion, immunité, performances sportives, santé bucco-dentaire… que dit réellement la science ?
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A propos de cet article
Boisson fermentée originaire des régions du Caucase, d’Europe de l’Est et des Balkans et consommée depuis des siècles, le kéfir revient aujourd’hui sur le devant de la scène. A base d’eau ou de lait, il se prépare grâce à des « grains » de kéfir : de petits amas blancs ou translucides dans lesquels vivent ensemble des bactéries lactiques, des bactéries acétiques et des levures au sein d’une matrice de polysaccharides et de protéines.
Ce petit monde microscopique transforme le lait ou l’eau sucrée en une boisson acidulée, légèrement pétillante, riche en composés issus de la fermentation, qui participent à l’intérêt nutritionnel de cette boisson.
Il existe deux grandes familles :
- le kéfir de lait, le plus étudié,
- et le kéfir d’eau, généralement préparé avec de l’eau sucrée, parfois des fruits secs ou du citron.
Leur composition varie beaucoup selon les grains utilisés, le type de lait ou de sucre, la température, le temps de fermentation et les conditions de conservation. C’est justement cette richesse microbienne qui fait tout l’intérêt du kéfir : il pourrait agir sur notre microbiote, et à travers lui, sur plusieurs fonctions clés de l’organisme, de la digestion à l’immunité, comme d’autres aliments fermentés tels que le kombucha1,2,3,4.
Le kéfir est-il vraiment bon pour la santé intestinale ?
Le kéfir « nourrit »- il vraiment notre microbiote intestinal ?
Le kéfir est souvent présenté comme un « aliment fonctionnel », c’est-à-dire un aliment susceptible d’apporter des effets au-delà de sa valeur nutritionnelle de base. Les études menées chez l’humain sur cette boisson suggèrent des effets prometteurs sur le microbiote intestinal, la digestion, certains marqueurs de l’inflammation, le métabolisme et l’immunité. Son principal terrain d’action serait le microbiote intestinal. En apportant des microorganismes vivants (ayant un effet probiotique) et des composés produits pendant la fermentation, le kéfir pourrait favoriser un microbiote plus diversifié et plus actif. Certaines études montrent notamment une augmentation de bactéries impliquées dans la production d’ (sidenote: Acides Gras à Chaîne Courte (AGCC) Les acides gras à chaîne courte sont une source d’énergie (carburant) des cellules de l’individu, ils interagissent avec le système immunitaire et sont impliqués dans la communication entre l’intestin et le cerveau. Silva YP, Bernardi A, Frozza RL. The Role of Short-Chain Fatty Acids From Gut Microbiota in Gut-Brain Communication. Front Endocrinol (Lausanne). 2020;11:25. ) , des molécules précieuses pour la barrière intestinale et le dialogue entre microbiote, immunité et métabolisme1,2,5.
Mais prudence : tous les kéfirs ne se ressemblent pas, et les études utilisent des doses, des durées et des recettes très différentes. Le kéfir est donc prometteur, mais il ne faut pas encore lui prêter des pouvoirs universels, ni attribuer les mêmes bienfaits à tous les produits.
Le saviez-vous ? Les grains de kéfir ne sont pas des céréales !
Malgré leur nom, les "grains" de kéfir sont de petits amas de micro-organismes vivants maintenus ensemble par une matrice naturelle appelée kefiran6. Véritable écosystème miniature, chaque grain peut contenir plusieurs dizaines d'espèces de bactéries et de levures qui travaillent ensemble pendant la fermentation7. Cette richesse explique pourquoi deux kéfirs préparés différemment n'ont jamais exactement la même composition.
Le kéfir, bénéfique pour notre microbiote buccal ?
Notre bouche possède aussi son microbiote. Lorsqu’il est déséquilibré, certaines bactéries peuvent favoriser les caries, l’érosion de l’émail et les maladies des gencives. De premiers travaux de recherche suggèrent que le kéfir pourrait contribuer à un environnement buccal plus équilibré, notamment en limitant certaines bactéries impliquées dans la formation des caries, comme Streptococcus mutans. Bien sûr, le kéfir ne remplace évidemment ni le brossage, ni le fluor, ni le suivi dentaire. Son intérêt potentiel serait plutôt celui d’un aliment fermenté pouvant accompagner une bonne hygiène bucco-dentaire. À condition de choisir un kéfir peu sucré, notamment lorsque le produit est préparé avec de l’eau sucrée et des fruits8,9.
Le kéfir agit-il sur l’axe intestin-cerveau ?
Comme d’autres aliments fermentés, le kéfir intéresse les chercheurs pour ses effets possibles sur l’axe intestin-cerveau, cette communication permanente entre notre microbiote, notre système immunitaire et notre cerveau. En modifiant certaines bactéries intestinales et en favorisant la production de métabolites comme les acides gras à chaîne courte, il pourrait contribuer à un environnement moins inflammatoire, potentiellement favorable au bon fonctionnement cognitif.
Des études explorent notamment son intérêt dans la maladie d’Alzheimer, avec des résultats encourageants sur l’inflammation, le stress oxydatif ou certains mécanismes liés à l’accumulation toxique de protéines dans le cerveau. Mais ces travaux restent encore très préliminaires, souvent menés sur des modèles animaux ou expérimentaux et ne permettent pas encore de conclure à des bienfaits directs chez l’humain.
Le kéfir de lait apporte aussi des nutriments utiles au fonctionnement normal du système nerveux, comme certaines vitamines du groupe B telles que la choline et l’acide folique. Mais ces travaux restent préliminaires et, même si cette boisson fermentée reste intéressante dans une alimentation variée, d’autres recherches seront nécessaires avant d’envisager le kéfir comme un traitement complémentaire pour les maladies d'Alzheimer et de Parkinson10,11,12,13 .
Le kéfir, véritable « coach » des sportifs ?
Côté sport, le kéfir de lait a également quelques arguments à défendre. Qu’il soit de vache, de bufflonne, d'ânesse ou de brebis, la fermentation peut modifier la teneur en protéines du lait, l’enrichir en peptides bioactifs et renforcer certaines propriétés antioxydantes. Chez les sportifs, les premières données sont encourageantes.
Une étude menée chez des footballeuses professionnelles suggère qu’une consommation quotidienne de kéfir (200 mL par jour) pourrait moduler le microbiote intestinal – notamment avec une hausse des bactéries Akkermansia muciniphila et Faecalibacterium prausnitzii, souvent associées à la production d’acides gras à chaîne courte et à des effets anti-inflammatoires – et être associée à de meilleurs indicateurs de performance sportive. Des études chez la souris montrent aussi un effet potentiel sur la fatigue après l’effort.
Même si les preuves restent encore limitées, le kéfir peut être un bon allié dans une alimentation équilibrée contenant d’autres aliments fermentés, des fruits et des légumes, ainsi que des boissons non sucrées14,15,16.
Une bactérie intestinale pourrait-elle remplacer un abonnement à une salle de sport ?
Le kéfir coche beaucoup de cases : une histoire alimentaire ancienne, une grande richesse microbienne, des composés issus de la fermentation, une possible action sur le microbiote intestinal et oral. Il apparaît comme une option prometteuse pour favoriser certains marqueurs métaboliques, immunitaires, cognitifs ou sportifs, mais nombre de ces résultats nécessitent d’être confirmés chez l’humain. Le bon réflexe ? Le consommer comme un aliment fermenté intéressant, peu sucré et en quantité raisonnable – par exemple 100 à 200 mL par jour pour commencer.
En clair, le kéfir n’est pas un élixir miracle. Mais intégré à une alimentation variée, avec du sommeil, de l’activité physique et une bonne hygiène de vie, il peut devenir un allié simple et naturel de votre microbiote !