Sexualité : la vie secrète du microbiote séminovaginal
Nos microbiotes intimes partagent aussi une vie commune et échangent leurs bactéries lors des rapports non protégés. Or, ce cocktail microbien pourrait influencer la santé reproductive, la fertilité et même les chances de succès des FIV.
- Comprendre les microbiotes
- Microbiote et troubles associés
- Agir sur nos microbiotes
-
Publications
- À propos de l’Institut
Section professionnels de santé
Retrouvez ici votre espace dédiéen_sources_title
en_sources_text_start en_sources_text_end
A propos de cet article
Lors d’un rapport sexuel non protégé, on partage aussi des milliers de microorganismes via le sperme et les sécrétions vaginales. Pourtant, pendant des années, les chercheurs ont scruté d’un côté le microbiote vaginal (très étudié), et de l’autre le microbiote du sperme (bien moins étudié) comme s’ils vivaient sur deux planètes différentes. L’idée qu’ils puissent interagir dans un couple sexuellement actif ? À peine effleurée par 14 petites études.
Deux univers très différents mais ouverts aux échanges
Le microbiote séminal des hommes n’a rien à voir avec le microbiote vaginal des femmes : il est généralement plus diversifié, possède une concentration bactérienne plus faible, et un pH légèrement alcalin de 7,5… alors que le microbiote vaginal est peu diversifié, hyper dominé par les lactobacilles et son pH est acide (une conséquence directe de la richesse en lactobacilles, qui sécrètent de acides).
Or, qui dit rapports non protégés, dit échanges de fluides et de bactéries. Les couples de femmes partagent souvent un microbiote vaginal semblable. Les couples homosexuels masculins (les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes) se distinguent par un microbiote rectal unique, riche en Prevotella et moins diversifié que les hommes hétérosexuels.
Chez les couples hétérosexuels, ces échanges pourraient avoir des conséquences sur la fertilité. Et ce pour la femme comme pour l’homme. Par exemple, une abondance accrue de Lactobacillus dans le microbiote séminal irait de pair avec des spermatozoïdes plus mobiles et concentrés, mais aussi – revers de la médaille ! – une adhérence des lactobacilles aux spermatozoïdes qui réduirait fertilité.
IST et dysbioses également au menu
Les rapports non protégés participent aux transmissions d’infections (IST) mais aussi viennent perturber l’équilibre des microbiotes intimes (
(sidenote:
Dysbiose
Déséquilibre de la communauté microbienne, caractérisé par une diminution des bactéries bénéfiques et une augmentation des espèces néfastes, pouvant entraîner des problèmes de santé.
)
).
Prenons l’exemple de la redoutée vaginose bactérienne, liée à une diminution des Lactobacillus et une augmentation de bactéries comme Gardnerella vaginalis. Chez les femmes hétérosexuelles, la hausse du pH vaginal induite par le sperme pourrait être un facteur déclencheur du déséquilibre. Sachez également que la circoncision modifie le microbiote de la peau du pénis, réduisant sa diversité et la présence de bactéries associées à la vaginose bactérienne. De là à dire que cela protège la femme, la science débat encore.
Le saviez-vous ?
La prévalence de la vaginose bactérienne varie selon les pays et les groupes de population, mais elle se situe entre 23 et 29 % selon une revue systématique et méta-analyse récente de la prévalence mondiale chez les femmes en âge de procréer.
Source : Key facts about bacterial vaginosis
Procréation assistée
Les microbiotes du sperme et du vagin pourraient également jouer un rôle dans l’issue d’une
(sidenote:
Fécondation in vitro (FIV)
Technique d'assistance médicale à la procréation durant laquelle la fécondation a lieu en laboratoire, dans une éprouvette (‘in vitro’), et non dans l'utérus de la femme : des ovules prélevés chez la femme après stimulation hormonale sont placés dans une solution nutritive avec les spermatozoïdes prélevés chez l’homme. Les embryons ainsi conçus en laboratoire seront ensuite transférés dans l'utérus de la future mère, via le vagin. Si un embryon s’implante, la grossesse démarre.
https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F31462
https://medclinics.com/fr/fiv/
https://www.fiv.fr/fecondation-fiv/
)
, certaines bactéries séminales (Acinetobacter) ou vaginales (L. crispatus) rimant avec de meilleures chances de succès. À l'inverse, les bactéries Prevotella et Porphyromonas chez les parents réduisent les chances.
La santé reproductive d’un couple semble donc liée au microbiote dit
(sidenote:
Microbiote séminovaginal
L’ensemble des micro-organismes provenant des écosystèmes séminal et vaginal qui sont transférés et partagés entre les partenaires lors de rapports sexuels non protégés, s’influençant mutuellement et impactant la santé et les fonctions reproductives.
)
, encore largement méconnu. Il est grand temps de mieux comprendre comment ces microbiotes dialoguent, cohabitent, et parfois s’affrontent. Car oui : dans un couple, les microbiote intimes partagent aussi une vie commune.