Vitiligo : le microbiote intestinal au cœur du stress oxydatif cutané
Le microbiote intestinal jouerait un rôle important dans l’initiation et la progression du vitiligo. L’acide hippurique, métabolite du microbiote, serait un médiateur clé du stress oxydatif… et un potentiel biomarqueur voire une cible thérapeutique ?
Section grand public
Retrouvez ici votre espace dédiéen_sources_title
en_sources_text_start en_sources_text_end
A propos de cet article
Maladie auto-immune cutanée, le vitiligo se caractérise par la destruction des mélanocytes, entraînant des tâches dépigmentées. Or, le stress oxydatif cutané, facteur clé de la progression de la maladie, semble sous influence du microbiote intestinal. Décryptage d’une publication qui décortique les mécanismes à l’œuvre.1
Un stress oxydatif en lien avec le microbiote intestinal
Première étape du travail des chercheurs : l'analyse de lésions chez des patients et dans un modèle murin. Elle montre, au niveau des zones dépigmentées, une surexpression de gènes liés au stress oxydatif et aux réponses aux espèces réactives de l'oxygène (ROS). De quoi confirmer que ces processus sont cruciaux dans la pathogenèse de la maladie.
Étape suivante : les chercheurs découvrent que les souris atteintes de vitiligo présentent une accumulation importante de ROS dans la peau, et des anomalies mitochondriales dans leurs mélanocytes. L’élimination du microbiote intestinal par des antibiotiques a réduit l’accumulation anormale de ROS et les anomalies mitochondriales des mélanocytes, avec à la clé une amélioration significative de la dépigmentation. Ainsi, le microbiote intestinal régulerait directement l'état de stress oxydatif de la peau.
Le vitiligo dans le monde
- La prévalence mondiale du vitiligo diagnostiqué par un médecin ou un dermatologue au cours de la vie est estimée à 0,36 % dans la population générale, à 0,67 % dans la population adulte et à 0,24 % dans la population enfantine.2
- Chez les adultes, les estimations de prévalence varient de 0,43 % en Asie de l’Est à 0,98 % en Europe centrale.2
- Chez les enfants, la prévalence du vitiligo varie de 0,16 % en Asie de l’Est à 0,35 % en Asie du Sud et 0,35 % en Europe centrale.2
Du microbiote intestinal à la peau
Les travaux suivants des chercheurs montrent que le microbiote des souris vitiligo est déséquilibré (augmentation des Clostridiales, diminution des Verrucomicrobiae). Le transfert de ce microbiote dysbiotique (par cohabitation des animaux ou transplantation fécale) aggrave la dépigmentation. À l'inverse, l'administration de probiotiques freine la progression de la maladie, suggérant une piste thérapeutique.
Mais comment se fait le lien entre le microbiote intestinal et la peau ? L'analyse métabolomique de tissus fécaux, sanguins et cutanés de souris a permis d’identifier un élément clé : l'acide hippurique, métabolite dérivé du microbiote, s'accumulerait de manière excessive dans les selles, le sérum et la peau des souris vitiligo. Des injections d'acide hippurique suffisent à reproduire l'accumulation de ROS et à aggraver la dépigmentation chez les souris. Et chez l’homme ? Les taux sériques d'acide hippurique s’avèrent plus élevés chez les patients atteints de vitiligo.
Une hypothèse mécanistique
D’où l’hypothèse du mécanisme suivant : chez les souris vitiligo, la barrière de la muqueuse intestinale serait affaiblie (diminution des cellules caliciformes responsables de la production de mucus, et de l'épaisseur de la muqueuse), ce qui augmenterait la perméabilité intestinale. Cette porosité faciliterait le passage de l'acide hippurique dans la circulation sanguine, puis vers la peau. L'acide hippurique induirait le stress oxydatif en se liant directement à deux protéines (NOS2 et MAPK14), cette interaction moléculaire directe favorisait alors la production de ROS dans les tissus cutanés.
Ainsi, la dysbiose intestinale orchestrerait le stress oxydatif cutané dans le vitiligo, via l'acide hippurique. Ces résultats laissent également espérer un rôle des probiotiques pour ralentir la maladie.