Privilégier l’approche One Health en hôpital et clinique vétérinaire
Parce que hôpital et clinique vétérinaire abritent des communautés microbiennes distinctes, leur surveillance coordonnée des bactéries résistantes aux antibiotiques s’impose pour identifier les risques de transmission de pathogènes entre les hommes, les animaux et leur environnement commun.
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A propos de cet article
Enjeu majeur de santé publique mondial et de médecine humaine, la résistance aux antibiotiques (ou antibiorésistance) est combattue via l’approche « One Health », qui englobe santé humaine, santé animale et santé environnementale. Pour mieux comprendre les phénomènes en jeu, des chercheurs1 ont comparé les espèces microbiennes, les gènes de résistance aux antibiotiques et les plasmides présents dans des échantillons (eaux usées, surfaces) prélevés dans une clinique vétérinaire (48 échantillons) et dans un service d’un hôpital de médecine humaine (36 échantillons) voisin de Londres.
One Health (« Une seule santé ») :
Approche intégrée et unificatrice qui vise à maintenir et à optimiser durablement la santé des populations humaines, des animaux et des écosystèmes. Elle reconnaît que la santé des êtres humains, des animaux domestiques et sauvages, des plantes et de l’environnement au sens large (y compris les écosystèmes) est étroitement liée et interdépendante.
Cette approche s’applique à la conception et la mise en œuvre de programmes, de politiques, législations et travaux de recherche pour lesquels plusieurs secteurs de la médecine humaine et vétérinaire communiquent et collaborent en vue d’améliorer les résultats en matière de santé publique. Elle est particulièrement pertinente pour lutter contre la résistance aux antimicrobiens (émergence de microorganismes et de bactéries résistantes aux traitements antibiotiques), mais aussi pour garantir la sécurité sanitaire des aliments et de l’eau, améliorer la nutrition, contrôler les zoonoses (maladies pouvant se transmettre entre les animaux et les humains) et assurer la gestion de la pollution2,3.
Plus de richesse et moins d’équitabilité à l’hôpital
Les résultats ? Les deux communautés microbiennes s’avèrent bien différentes. Un plus grand nombre d’espèces, notamment de bactéries, ont été identifiées dans les échantillons provenant de l’hôpital (richesse supérieure). Certaines espèces de bactérie dominaient les communautés hospitalières, alors que les échantillons vétérinaires présentaient une répartition plus homogène (équitabilité supérieure). Le microbiome vétérinaire était plus diversifié en termes de règnes biologiques (89,1% de bactéries, 5,7 % d’eucaryotes, 5,15% de virus, 0,1 % d’archées) alors que les bactéries représentaient quasiment 100% du microbiome hospitalier.
Ces résultats ne sont pas si surprenants : les hôpitaux accueillent un plus grand nombre de personnes et utilisent une plus grande variété d’antimicrobiens , notamment différentes classes d’antibiotiques, qui entretiennent le dynamisme et l’évolution constante du pool bactérien et des bactéries résistantes, tandis que les établissements vétérinaires reçoivent différentes espèces (animaux, humains) ce qui maintient davantage d’équitabilité et de règnes.
Les microbiotes humains, réservoirs de peptides antimicrobiens
Des gènes de résistance…
Autres différences : à l’hôpital, le nombre total de gènes de résistance aux antibiotiques était plus élevé ; en milieu vétérinaire, les gènes de résistance aux désinfectants de surface courants étaient omniprésents. Les résistomes des échantillons provenant des 2 types d’établissements comprenaient fréquemment des gènes conférant une résistance aux antibiotiques des classes des β-lactamines, des aminoglycosides et des sulfamides. D’où l’importance de renforcer la prévention des infections en médecine humaine comme vétérinaire (pour réduire l’usage d’antibiotiques) et leur contrôle en cas de détection d’une souche résistante dangereuse (désinfection, gestion des eaux usées).
8,7 % Selon un rapport de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) portant sur 55 hôpitaux répartis dans 14 pays, 8,7 % des patients hospitalisés présentaient une infection associée aux soins⁴.
2,9 % - 40 % La prévalence de ces infections était estimée entre 2,9 % et 5 % en Europe, 5 % en Amérique du Nord, tandis qu’elle atteignait environ 40 % dans certains pays d’Asie, d’Amérique latine et d’Afrique⁵.
…et des plasmides pour les disséminer
Enfin, les échantillons hospitaliers contenaient davantage de plasmides associés aux Enterobacterales, souvent liés aux infections nosocomiales et aux bactéries résistantes. Ces plasmides, très mobiles, se transfèrent plus facilement d’une bactérie à une autre et sont davantage susceptibles de porter des gènes à haut risque (β-lactamases, carbapénémases…).
Les échantillons vétérinaires contenaient quant à eux davantage de plasmides associés aux bactéries à Gram positif présentes dans cet environnement animal. Or, ces 2 types de plasmides favorisent la dissémination de l’antibiorésistance chez l’homme, l’animal ou dans l’environnement.
Les résultats soulignent l'importance d'une surveillance par séquençage métagénomique dans plusieurs types d’établissements de médecine humaine et vétérinaire. Cette approche intégrée One Health permettrait d'identifier les réservoirs de résistance aux antibiotiques, les gènes associéset les risques de transmission entre les hommes, les animaux et leur environnement commun.
1. Elton L, Lutimba S, Mateos AD et al. Comparison of Environmental Microbiomes, Resistomes and Plasmidomes from a Human Tertiary Hospital and Companion Animal Veterinary Hospital in London, UK. Antibiotics (Basel). 2026 Jun 2;15(6):568.
2. https://www.who.int/health-topics/one-health#tab=tab_1
3. https://www.who.int/news-room/questions-and-answers/item/one-health
4. https://iris.who.int/server/api/core/bitstreams/2187e4e5-819d-46e0-a981-61fbd041470a/content
5. Raoofi S, Pashazadeh Kan F, Rafiei S et al. Global prevalence of nosocomial infection: A systematic review and meta-analysis. PLoS One. 2023 Jan 27;18(1):e0274248.
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