Des bactéries multirésistantes ont voyagé dans l’espace

En mars 2015, des astronautes ont découvert 5 souches bactériennes résistantes aux antibiotiques dans les toilettes et la salle de gym de la station spatiale internationale (ISS).

 

Si cette découverte peut faire sourire, les chercheurs de la NASA la prennent, quant à eux, très au sérieux. Dans la revue BMC Microbiology, une équipe du prestigieux centre de recherche aérospatial explique que la présence de ces bactéries pourrait représenter un danger à l’avenir pour les astronautes lors de longues missions dans l’espace, voire durant les premiers vols habités en direction de la planète Mars. Il serait, en effet, impossible de faire demi-tour pour soigner les personnes infectées lors de ce long voyage de 260 millions de kilomètres.

Des souches résistantes…

En étudiant l’ADN de ces 5 bactéries, les scientifiques ont découvert qu’elles présentaient de fortes similitudes avec 3 souches d’entérobactéries (présentes dans les intestins) isolées récemment sur Terre en Tanzanie et aux Etats-Unis. Responsables de graves infections nosocomiales chez les personnes affaiblies sur le plan immunitaire et chez les nourrissons, ces dernières font partie d’une espèce bactérienne connue pour être hautement pathogène et résistante à de nombreux antibiotiques. D’ailleurs, les souches retrouvées dans la station spatiale internationale étaient elles aussi résistantes à de nombreux antimicrobiens (pénicilline par exemple), « des antibiotiques pris par les astronautes depuis plus de 20 ans », soulignent les chercheurs.

… mais inoffensives jusque là

Heureusement, il s’avère que ces souches n’étaient pas virulentes, et que de ce fait elles ne menaçaient pas la santé des astronautes. Mais elles pourraient très probablement acquérir une capacité de nuisance (79% de risque) sous certaines conditions (à déterminer) comme la très faible pesanteur qui règne dans l'ISS : plusieurs études ont suggéré que cette condition peut accroître la virulence des bactéries et leur résistance aux antibiotiques, ou influencer la croissance ou la taille des micro-organismes. Cette étude rappelle par ailleurs que la station spatiale internationale n’est pas stérile : les astronautes viennent à bord avec leurs microbes, et d’autres germes peuvent être introduits via les cargaisons de nourriture ou de matériel envoyées à la station.

 

Sources :

Singh et al. Multi-drug resistant Enterobacter bugandensis species isolated from the International Space Station and comparative genomic analyses with human pathogenic strains. BMC Microbiology (2018)